Trafic officiel d'êtres humains
« Un nouveau système de recrutement de travailleurs étrangers présente le danger de propagation de l'esclavagisme en Israël »
Par: Ela Kern Source: www.haaretz.co.il
26/1/2005
En août 2004, une commission ministérielle, composée des ministères du commerce et de l'industrie, du travail, de la justice et des finances, a préparé un rapport suggérant des modifications dans le système d'embauche de travailleurs étrangers en Israël. Les recommandations de la commission ont été acceptées et seront mises en application prochainement. Le rapport a relevé certaines carences dans le système actuel, notamment les contraintes imposées aux travailleurs et l'application déficiente de la loi aux employeurs. Ce système a encouragé ces derniers à agir contrairement à la loi, a créé une main-d'oeuvre faible et bon marché qui a écarté les Israéliens du marché du travail et a provoqué une détérioration des conditions de travail des travailleurs à bas salaires. La commission a tenté de mettre au point un nouveau système visant à rendre plus coûteux l'emploi de travailleurs étrangers et à leur garantir des conditions de travail convenables. Les objectifs de ce système sont louables. Mais au lieu de résoudre le problème à la racine, en accordant aux travailleurs un permis de travail pour un emploi particulier et pour une période déterminée et en appliquant fermement les lois du travail aux employeurs, il a été décidé de suivre un système qui ne diffère du système précédent que de point de vue de la forme. Il accentue encore plus les problèmes qu'il était censé régler.
Voici les principales règles du nouveau système proposé : L'Etat poursuivra sa politique consistant à déterminer le nombre de travailleurs à accepter. Il délivrera des permis permettant à chaque Union des sociétés de main-d'oeuvre de recruter entre 500 et 2000 travailleurs. En contrepartie, l'Etat percevra, tous les ans, de ces Unions quelque 26 000 shekels pour chaque travailleur. Cette somme représente la différence entre le coût d'emploi d'un travailleur israélien et celui d'un travailleur étranger. Les employeurs pourront obtenir leurs besoins en travailleurs étrangers auprès des Unions, qui seront, elles, responsables des droits et salaires des travailleurs. Elles seront aussi responsables des déplacements de travailleurs entre les différentes Unions. Un contrôle gouvernemental sera effectué sur les comptes de ces Unions, et le commissaire des plaintes examinera les revendications des travailleurs.
Il serait difficile d'exposer ici toutes les lacunes du nouveau système. Mais il est à noter qu'au lieu de confier la relation entre les travailleurs et les employeurs à un organisme gouvernemental, elle a été laissée entre les mains des Unions, dont le but est le gain matériel. Ce système traduit le mariage entre le capital et le pouvoir. Et puisque l'Etat et les Unions sont les principaux profiteurs de ce système, leur intérêt serait de maintenir un marché du travail fondé sur l'exploitation des travailleurs étrangers. Et comme l'Etat profite de cette exploitation, il n'aura aucun intérêt à appliquer la loi pour instaurer un marché du travail équitable. Ce système se contente d'un contrôle timide sur les Unions et cherche à cacher ses misères par le rôle imparti au commissaire des plaintes. Le système maintiendra le fossé énorme entre la puissance respective des différentes parties. Le monopole accordé aux Unions permettra une meilleure coordination sur les prix entre les sociétés de main-d'oeuvre et rendra inutile le déplacement des travailleurs entre les Unions. Ce système donne aux Unions le droit de louer les travailleurs étrangers aux employeurs qui en ont besoin, comme s'il s'agissait de machines. Il les dispense de leur verser des salaires lorsqu'ils ne travaillent pas.
Le système actuel nous a appris les conséquences négatives de l'exploitation des étrangers dans le cadre d'une embauche légale : les travailleurs chercheraient de nouveaux emplois illégaux pour améliorer leurs conditions et leurs rémunérations, alors que les employeurs continueraient à préférer les travailleurs étrangers à leurs homologues israéliens. Le plus dangereux est que ce système va répandre l'esclavagisme et le trafic d'êtres humains, avec l'accord officiel de l'Etat d'Israël.
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