Salutations du Tiers-Monde
Par: Ofer Shushani Source: www.nrg.co.il
10/3/2005
La police américaine de l'immigration a procédé en fin de semaine à l'arrestation de dizaines de jeunes Israéliens qui travaillaient à New York alors qu'ils n'avaient pas de visas. L'opération a eu lieu lors d'une descente de la police à la discothèque Euphoria, au Lower Eat Side. Trois jeunes Israéliens ont dû passer la nuit à l'hôpital à la suite de ce qu'ils ont qualifié « d'usage non justifié de la force » par les policiers.
Ceux dont les visas avaient expiré ont été conduits dans des prisons spéciales, en attendant un jugement du tribunal permettant leur expulsion et leur rapatriement. Des informations faisant état de « confiscation d'argent » et de « grossièreté » de la part des policiers participant à l'arrestation n'ont pu être confirmées.
Cette opération a provoqué des réactions de colère, dans les rangs de la communauté israélienne, qui compte au bas mot plusieurs dizaines de milliers de personnes à New York seulement. Les Israéliens travaillant à New York ont en effet estimé que la police avait dépassé la « ligne rouge ». Danny, un jeune homme originaire de Rehovot qui a travaillé pendant deux ans à New York dans le domaine de la serrurerie, affirme que jusqu'ici, la police de l'immigration se contentait d'effectuer des descentes nocturnes dans les abris israéliens pour y arrêter les résidents illégaux, ou de comptabiliser les travailleurs israéliens qui utilisent les transports publics. « Mais jusqu'ici, la police évitait d'attaquer les lieux de divertissement que nous fréquentons, dit-il, désespéré. Maintenant, nous n'avons plus nulle part où aller. Ils nous guettent même à a sortie des synagogues ». Jetant un coup d'œil aux alentours, dans la crainte de voir surgir subitement un policier, il ajoute qu'il se sent « traqué ».
La même peur, le même sentiment de traque, étaient perceptibles chez d'autres travailleurs israéliens interrogés. Beaucoup ont affirmé qu'ils avaient l'intention de plier bagage et de rentrer rapidement en Israël, même si cela signifiait une baisse de leur niveau de vie. Oret travaille depuis trois mois dans un café du West Village afin de mettre de l'argent de côté pour entamer des études de magistère en économie et en gestion, en octobre. « Si, bien sûr, ils ne m'arrêtent pas et ne m'expulsent pas avant », ajoute-t-elle avec un sourire amer.
Est-ce si horrible ? Est-ce de l'antisémitisme ? Est-ce une opération contre les Israéliens ?
Remplacez New York par Tel-Aviv et la police d'immigration américaine par sa consoeur israélienne, et vous aurez le fin mot de l'histoire. Nous avons tous été des travailleurs étrangers !
Quand je vivais à New York, la plupart de mes amis étaient de jeunes Israéliens qui avaient économisé de l'argent pour voyager, faire des études ou simplement voir du pays. Bien que nous travaillions beaucoup, aucun de nous ne se sentait traqué et nous pouvions nous promener dans la rue sans la crainte de nous voir attaqués par des membres de la police secrète et jetés dans une voiture de patrouille.
Chacun de nous connaît quelqu'un qui a travaillé à New York, en Europe, au Japon ou ailleurs. Et, malgré cela, nous restons indifférents à la manière dont la police israélienne traite la communauté « noire » de Tel-Aviv ; nous arrivons même à la justifier.
Ceux qui pensent que la violence à l'encontre des travailleurs étrangers peut être justifiée, qui pensent qu'il est normal que tout un secteur de la population vive dans la peur, doivent condamner aussi tous ceux qui partent travailler sans permis à New York, Londres, Tokyo ou Barcelone. Si nous ne le faisons pas, nous ne pourrons pas nier notre hypocrisie, car le crime que commettent les « nègres » en Israël est le même que celui que beaucoup d'Israéliens commettent à l'étranger, à savoir travailler sans permis. C'est le crime qu'on utilise pour justifier le traitement de ces travailleurs comme « citoyens de seconde zone », leur humiliation dans le contexte de l'alliance entre une police intransigeante, des employeurs avides de gains et un public hypocrite et indifférent.
Je ne veux pas dire par là qu'il est bien de travailler sans permis. Si c'est illégal, la police a le droit de lutter contre ce phénomène, dans le cadre de la loi. Mais la distance entre la défense de la loi et l'attaque de maisons de suspects, au milieu de la nuit, l'encerclement de discothèques à Tel-Aviv, les espions postés à l'entrée des églises, la force employée pour faire descendre les suspects du bus de la ligne 25 de la compagnie Dan, est la même que la distance entre un comportement juste et un comportement abominable.
A quel point les autorités chargées de l'application de la loi doivent-elles observer indulgence et respect de l'homme, quand elles ont affaire à des catégories de la population fragiles ? Je refuse d'avoir honte de la période pendant laquelle j'ai été travailleur étranger dans un autre pays. Mais je suis obligé d'avoir honte de la façon dont mon pays traite ses travailleurs étrangers.
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